Article publié le 11 février 2021 sur le site du Télégramme
Les 200 cellules de la maison d’arrêt de Brest sont équipées depuis presque un mois d’un téléphone. Ce déploiement fait partie d’une mesure nationale, et qui arrive à point nommé, alors que la prison est encore plus isolée par l’épidémie.
« Oui mon amour, c’est moi ! Ça va ? », pour Laurent c’est une nouvelle habitude. Depuis mi-janvier, il peut appeler une liste précise de proches quand il veut de sa cellule située dans le bâtiment nord de la maison d’arrêt de Brest. A l’autre bout du fil, sa femme qu’il appelle plusieurs fois par semaine. « Par rapport à un téléphone dans un couloir où il faut faire appel à un surveillant, là vous avez une autonomie et ça permet aussi d’avoir une tranquillité de confidence ».
Depuis mi-janvier, les 200 cellules de la maison d’arrêt de Brest sont toutes équipées d’un téléphone. Fini, le combiné par couloir pour 40 détenus.
Une initiative lancée par le ministère de la Justice qui vise surtout à rompre l’isolement des détenus.
Les conversations sont facturées entre 6 et 12 centimes la minute. Chaque détenu achète une carte avec un forfait. « Je garde un peu de crédit pour te rappeler fin de semaine. Bisous ». Dans la cellule voisine, c’est Kévin, qui termine sa discussion avec une amie. « C’est vrai qu’en cas de coups durs ou quand on a besoin de dire des choses, ça permet d’accéder facilement et de dire ce qu’on a à dire ». Les détenus peuvent également appeler sans restrictions des numéros d’urgences ou d’écoute, ainsi que leurs avocats.
Diminuer la tension et les téléphones portables
Les combinés présents dans les couloirs restent en fonctionnement en cas de panne mais ne sont plus beaucoup utilisés. Auparavant, ces téléphones n'étaient disponibles qu'à des heures précises. « Quand un détenu restait trop longtemps au téléphone et que d'autres détenus voulaient téléphoner, ça créait des tensions. Le téléphone en cellule a ôté tout ça. Ça fait moins de mouvements, moins de conflits », précise Arnaud, surveillant pénitentiaire et responsable du bâtiment nord.
Toutes les conversations émises sont enregistrées et écoutées. La mesure vise aussi à restreindre l’utilisation des téléphones portables en prison. Fabien Boivent, le directeur de la maison d’arrêt : « C’est une réalité dans tous les établissements, on ne va pas se mentir. Maintenant une cabine comme dans les cellules ne permet pas d’aller sur Internet comme un smartphone. Les conversations sont aussi entendues, ce qui peut en gêner certains. Voilà pourquoi des détenus continuent d’avoir un téléphone portable, maintenant ils prennent un risque. Et on continue d’en retrouver dans les cellules ».
Une prison calfeutrée face à l'épidémie
Dans le Finistère, l’arrivée de ces téléphones en pleine pandémie est d’autant plus appréciable, car cela fait un an que les rencontres avec les proches dans les parloirs se font derrière des vitres. La prison est plus isolée que jamais. « Avant les parloirs pouvaient se faire avec des contacts, et aujourd’hui, c’est interdit. Certaines personnes détenues n’ont pas pu avoir de contacts avec leurs proches depuis un an ». Depuis le mois de juillet aucun cas de coronavirus n’a été répertorié parmi les 400 détenus. Tous les nouveaux entrants sont placés en quatorzaine dans une zone dédiée et testés. Un isolement accru qui pèse sur les détenus et le personnel. Le ministère de la Justice a donc décidé d’accorder depuis novembre, 30 € de crédit téléphonique par mois aux détenus. Prochaine étape à la maison d’arrêt, l’installation de système de visio dans les parloirs.

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